Le street workout : La gym de rue

00:38

La grande gueule du rap français a testé les installations d'un nouvel espace dédié à la musculation de rue inauguré par la Mairie de Paris. Jean Gab'1 est l'un des ténors de cette discipline urbaine en plein essor.

« Baisse les fesses gamin ! T'es mal positionné, c'est ça ton problème » Avec sa voix caverneuse et son franc parler, MC Jean Gab'1 conseille un jeune du quartier qui s'entraîne sur un terrain de street workout flambant neuf du XIIIe arrondissement (1). Appliqué, « l'élève » effectue sans broncher une série de pompes. Et pour cause, la grande gueule du rap français est un athlète respecté, leader de la bien nommée Punishment Team.
Gab'1 n'est pas seulement connu pour son règlement de comptes rapologique devenu culte (J't'emmerde, paru en 2003). A 49 ans, Charles M’Bouss — son nom à l'état civil — a remporté un paquet de titres, dont celui du plus grand nombre de tractions dans la catégorie des moins de 80 kg. Ce jour-là, on le retrouve en tenue à l'Espace sportif Carpentier, pour tester les installations récemment inaugurées par la Mairie de Paris. Et lorsqu'il s'agit d'évoquer son sport de prédilection, MC Jean Gab'1, rapplique illico depuis son QG situé dans le XIXe.


Le street workout, version moderne et urbanisée de la culture physique, a connu son essor au milieu des années 2000 sous l'impulsion de la montagne de muscles Hannibal For King. La chaîne YouTube de l'Américain luisant en train de réaliser des figures totalise des millions de vues. « La discipline est née quand les ricains ont commencé à balancer leurs vidéos sur Internet. Les gens confondent souvent avec la gymnastique, mais c'est très différent. Le street workout consiste à faire du muscle où tu veux, quand tu veux. » Et dans ce registre, Jean Gab'1 sait de quoi il parle : la circonférence de son bras est sensiblement égale à mon tour de cuisse. L'ex-bad boy du hip-hop poursuit ses explications en se baladant entre les agrès, biceps tendus. « Un bon entraînement dure environ deux heures. J'enchaîne des séries de vingt pompes, tractions, dips, muscle up… (figure caractéristique qui consiste à tracter son corps au dessus d'une barre fixe). C'est plus complet qu'une séance de musculation classique et en plus, c'est gratuit. La salle de gym, c'est pour les guignols ! Tu vas pas payer pour un sport que tu peux pratiquer gratos en prison » renchérit-il durant l'échauffement, dans une punchline dont il a le secret.



La gratuité, cet argument imparable qui explique en partie l'augmentation significative du nombre de pratiquants — environ 10 000 en région parisienne, pour seulement trois spots parisiens « agréés » par les spécialistes dont le parc de la Villette, l'Espace Carpentier, et les abords du canal Saint-Martin, que Gab'1 évoque avec nostalgie. « Le meilleur terrain, c'était Quai de Jemmapes, mais il a fermé. Et Quai de Valmy, c'est devenu un peep show depuis que les haies ont disparu. Les gens s'arrêtent pour prendre des photos. C'est n'importe quoi. Les gamins veulent tous faire des flags (figure qui consiste à s'agripper à un poteau pour exécuter un “drapeau humain”), mais c'est pour les flambeurs ! Ce sport, tu le fais pour toi, pas pour les autres. » On a bien compris : Jean Gab'1 n'aime pas les tricheurs, encore moins les poseurs, et il transpire à grosses gouttes au moment de faire le bilan de ces nouveaux équipements. « Si j'habitais dans le quartier asiat', je viendrais ici tous les jours. Il y a tout ce qu'il faut pour s'entraîner ». Le message est passé.



  • Partagez:

Articles similaires

0 commentaires